LES APPLICATIONS DE LA PHOTOGRAPHIE DANS LE DOMAINE DE L’HISTOIRE

 

 

L’historien Nicolas Courtin a donné, aux Archives Nationales, une conférence focalisée sur le rapprochement de la photographie à l’histoire, le 9 septembre 2015, peu avant de regagner la France, son pays.

 

 

La photographie est un art comme la musique, la peinture, l’écriture,…Son évolution ne s’arrête pas. C’est, en quelque sorte, une encyclopédie vivante de l’histoire de l’humanité.

La photographie sert à apprendre du passé pour exceller au présent et construire un avenir meilleur et, de ce fait, constitue une bonne source pour écrire l’histoire

La photographie reflète la réalité et peut, ainsi, créer une immersion au plus profond de l’être humain. Mais elle dégage plus qu’elle ne laisse apparaître. Tout comme un livre peut être lu sans être compris, une photo peut être vue sans que le message ne soit transmis.

A force d’étudier une photo, les différentes facettes de la réalité qu’elle représente se révèlent et l’interprétation de l’histoire, par conséquent, change. D’où étudier la photographie s’avère importante.

Dans l’étude de la photographie, nous découvrons et apprenons par nous-mêmes de nouvelles choses. Nous instaurons notre propre identification des choses et aiguisons notre connaissance et notre aptitude à utiliser notre imagination.

Dans l’étude de la photographie, la prise de vue, la technique utilisée, la date, le photographe ou preneur de vue sont à considérer.

Dans l’étude de la photographie, les symboliques sur la photo sont interprétés après une simple description. Analyser la théâtralité de la photographie signifie travailler sur les plans et le décor.

Etudier une photo, c’est chercher à comprendre les perceptions, la culture, …qu’elle transmet. C’est chercher à l’authentifier.

Il est important d'étudier la photographie

Comment ne pas s’intéresser à ce beau et vivant art, qu’est la photographie?

 

Pour rapprocher la photographie à l’histoire, Nicolas nous confronte et nous renvoie à la cérémonie de soumission de Rainibetsimisaraka et de Rabezavana, le 29 juillet 1897, dans la cour de l’ancien Palais de la Reine, devenu Ecole le Myre de Vilers et à celle de Rabozaka, le 4 mars 1898, devant la Résidence de France ; tous des grands leaders du parti Menalamba.

Cérémonie de soumission de Rainibetsimisaraka et de Rabezavana

Cérémonie de soumission de Rainibetsimisaraka et de Rabezavana dans la cour de l’ancien Palais de la Reine (29 juillet 1897)

Cérémonie de soumission de Rabozaka devant la Résidence de France (4 mars 1898)

Cérémonie de soumission de Rabozaka devant la Résidence de France (4 mars 1898)

Les deux photos nous font arpenter en quelques temps seulement le passé de Madagascar.

Les deux photos réveillent l’empathie face aux visages, aux destins qu’auraient pu être ceux de ces militants malgaches si humiliés à se soumettre au pouvoir colonial.

Les deux photos peuvent faire frémir d’écœurement les chauvins malgaches.

Les deux photos ne montrent qu’une révolution politique aux placides qui restent de marbre et gardent le sang froid.

Les deux photos mettent en valeur la supériorité du pouvoir colonial et l’infériorité des soumissionnaires et peuvent, ainsi, faire frissonner de plaisir les cocardiers français. La dimension impériale, le caractère despotique du colonialisme et le succès de l’entreprise coloniale sont démontrés.

Les deux photos servent de support pour mettre en œuvre une médiatisation coloniale ; une arme de propagande coloniale.

Les deux photos nous font réfléchir sur le vrai sens d’une cérémonie de soumission.

Comme les négociations de paix ne servent pas toujours à mettre fin à la guerre, il se peut que la soumission soit une politique de pacification, un outil d’apaisement et de stabilisation temporaire.

Nicolas Courtin

Nicolas Courtin expose son point de vue à partir de la photo étudiée.

 

D’après l’hypothèse de Nicolas, notre conférencier ici, les chefs de rébellion en question, n’avaient peut-être, qu’à choisir entre la répression totale ou la survie, et auraient adopté la soumission comme stratégie de guerre (dans ce cas, leur soumission était purement symbolique).

 

Les gestes et parole de soumission dans la cérémonie de soumission signent la fin de l’insurrection.

Quoi qu’il en soit, le repentir (sincère ou feint) des soumissionnaires a fait de Gallieni, le représentant du pouvoir colonial à Madagascar, un homme compétent et digne de confiance dans son travail aux yeux de la Métropole ; et Rabezavana fut, tout de même, exécuté en 1902.

Sur la première photo, les personnages ainsi que les uniformes des gardes indigènes décorent le premier plan ; les hommes qui entourent Gallieni le deuxième plan ; et l’ancien Palais de la Reine le troisième plan.

Les fonds photographiques dont les Archives Nationales disposent peuvent répondre aux attentes des chercheurs.